Pour ou contre les partis politiques ?

Weil est opposée à Kelsen dans ce débat sur philomag. La première vilipende les partis, « lèpre qui empêche les hommes de converger vers le juste et le vrai ». Pour le second, « l’idéal d’un intérêt général supérieur, transcendant aux intérêts de groupes, est une illusion métaphysique ». L’un et l’autre ont partiellement raison. L’intérêt supérieur existe bien mais n’est pas préalable au débat. Il se construit par le conflit, par la confrontation des parties. En émerge l’intérêt supérieur, un niveau d’information indépendant, qui n’a de figé qu’un unique caractère : celui d’être une représentation métastable des tendances sous-jacentes.

Que veut dire ‘représentation métastable’ ? L’intérêt supérieur a une indépendance relative. Il possède une autonomie stable. Dans le cas contraire il ne pourrait former un projet. En tant que simple assemblage des parties, son intention resterait chaotique. La stabilité implique que son niveau de décision soit insensible aux fluctuations des avis, dans certaines limites. Car si un changement gagne une majorité des parties, l’équilibre du niveau supérieur change. La métastabilité veut dire que la zone d’équilibre se déplace vers une autre quand le contexte l’exige. Le niveau d’information supérieur gomme les petits aléas du niveau inférieur, améliorant ainsi l’organisation générale des parties. En termes d’entropie sociale, cela s’appelle minimiser l’énergie libre susceptible de déclencher des violences entre les parties.

Appliquons cela aux partis politiques. Quel véritable problème posent-ils ? Ils représentent justement un idéal préalable au débat. Un parti filtre idéologiquement les données. Il en tire forcément une synthèse biaisée, destinée à satisfaire l’intention initiale. Dès lors, si un parti accède directement à la gouvernance par le biais de son candidat, le conflit n’opère pas. Les autres partis sont rejetés dans une opposition dépourvue de réel pouvoir. Pas de conflit, pas de synthèse. Le gouvernement n’est pas un réel niveau d’intérêt supérieur. Juste un blanc-seing donné à un parti.

Un parti politique est une entité mal commode pour héberger le débat car il agrège déjà trop de paramètres : économie, social, supranational, éthique/santé, etc. Ces domaines ont vocation à établir leurs propres synthèses séparément. La couleur politique bloque ce processus. L’organisation est un processus ascendant, des données vers la synthèse. L’idéal politique n’a pas pour rôle de trafiquer les données à son profit. Il rétro-contrôle le processus et vérifie ainsi qu’il est toujours positionné au bon endroit. Le bon idéal est lui aussi métastable.

Donc oui, madame Weil, les partis gênent bien la convergence vers l’idéal de vérité, mais celui-ci n’est pas figé. Oui, monsieur Kelsen, les partis sont nécessaires pour repositionner l’idéal, mais devraient être plus élastiques quant à leur propre structure interne.

La politique n’est pas se polariser. Ce n’est pas faire de la polaritique.

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