Que serait une écologie efficace ?

Que dire de la galaxie écologiste ? Elle a ses scientifiques, ses porte-paroles, ses partis, ses extrémistes. Aucune gouvernance. Sans doute son handicap majeur face aux méga-industries très structurées. Absence de direction qui laisse en lice des lignes adversaires. Certaines, radicales, causent grand tort au mouvement. Anarchisme serein devant les contradictions ?

Voici une incohérence jamais citée : une partie des solutions relève de la gestion collective, l’autre du survivalisme individuel. Devons-nous surmonter la crise ensemble ou tenter d’y échapper dans son coin ? Si les ressources sont limitées, combien seront détournées par des initiatives locales sans effet significatif sur le destin de la planète, ou aggravant la situation d’autres populations ?

Les dossiers sur la catastrophe climatique à venir mélangent grandes conférences internationales et récits de retour à une vie plus naturelle. Des procédés ancestraux sont exhumés pour une exploitation respectueuse du milieu. Pour qu’ils prennent un sens, il faut abandonner la technologie édifiée par dessus. Progression et régression se contemplent dans une double page. Éblouis par tous ces bons sentiments, nous n’y relevons pas d’incohérence. Pourtant la fente entre les pages est bien un fossé infranchissable. D’un côté ceux qui veulent augmenter leur contrôle sur le monde, de l’autre ceux qui préfèrent l’abandonner. Nature jugée dépassable par les premiers, définitivement plus compétente que nous par les seconds. L’humain doit-il rendre ou non son tablier de gestionnaire planétaire ?

Cette lutte interne affaiblit terriblement l’effort écologique, voire l’annihile. La technologie est un remède pour les uns, un chancre pour les autres. La vieille garde écolo a réussi à abattre l’industrie nucléaire, favorisant une crise énergétique et l’essor du charbon, bien plus pollueur. Éviter une improbable catastrophe nucléaire a conduit in fine à amplifier la probabilité de la catastrophe climatique. L’absence de direction consensuelle coûte très cher.

Les mouvements écologistes ont certes besoin de gagner en pouvoir. Faut-il l’exercer directement ? Non car c’est de facto exclure d’autres moteurs fondamentaux de la société. Déléguons ce pouvoir à des instances indépendantes, capables d’une réflexion synthétique, hiérarchisant les intérêts en jeu. Il ne s’agit pas là d’élitisme mais de collectivisme s’imposant aux intérêts individuels.

Économies et industries sont des structures collectives qui ont permis la multiplication et la perpétuation de vies humaines au-delà de ce que permettaient les simples processus naturels. Les ébranler menace toutes ces vies. Les politiciens semblent impuissants à les contrôler. Mais leurs débordements viennent en premier lieu du pouvoir illimité donné pour améliorer nos vies, sans intégrer le coût pour la planète. Les industries n’ont pas pour objectif de détruire l’environnement, seulement d’améliorer productivité et rentabilité, pour notre profit de consommateur. Et d’épargnant. Rappelons que la décroissance n’inquiète pas seulement le sybarite mais aussi l’écureuil en nous. La croissance intègre l’idée d’amortir les années difficiles. Ses inversions font partie des pires épisodes de l’humanité. La décroissance est un inconnu au même titre que le réchauffement.

Les entreprises sont habituées à gérer une multitude de contraintes. Le coût écologique n’est qu’un paramètre supplémentaire. Encore faut-il qu’il devienne universel. Deux manières complémentaires : 1) hiérarchique, par la création d’agences supranationales mesurant l’impact écologique de l’entreprise, pour en faire un coût de production; 2) participative, par les consommateurs évaluant le bénéfice de l’achat versus le coût écologique. De cette manière la décroissance reste un engagement individuel, volontaire, plus facile pour les gens qui ont crû que ceux au creux… de la vague du confort.

Pour notre double regard, ceci est l’approche ascendante, direction ontologique du sauvetage de la planète. Niveau des besoins humains, niveau de production, niveau de gestion. Le niveau supérieur cherche à maximiser le bénéfice moyen au niveau inférieur, selon un paradigme qui lui appartient. Il prend différentes formes et tend à se stabiliser sur le plus efficace, actuellement une variété de capitalisme teinté de socialisme.

L’approche descendante est celle qui installe les théories et corrige les paradigmes gestionnaires. Ce n’est pas le même étage de notre mental qui éprouve des pulsions et imagine les meilleures façons de les réaliser. La société, émanation commune de nos cerveaux, fonctionne de même. Les meilleurs inventeurs imaginent des solutions capables d’augmenter la satisfaction moyenne de nos besoin, parfois au prix de gros écarts individuels. La limite acceptable de ces écarts, comme la limite de tolérance de la planète, mais aussi la limite de résistance des défavorisés, sont des paramètres entrant dans l’algorithme de gestion global. Approche complexe et incompréhensible pour la majorité des individus. La seule manière de l’installer est de reconnaître la prééminence du collectif sur les individus. En sont-ils capables ? Pas tous. Surtout quand beaucoup ne rêvent que de devenir calife à la place du calife.

La planète mourra peut-être de la prolifération des experts auto-consacrés.

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