Qu’est-ce que la réalité ?

Vis-je dans « la » réalité ou dans « ma » réalité ? Plus de 99% de l’humanité aujourd’hui utilise le premier choix ou ignore la question. Même philosophes et neuroscientifiques, parfaitement avertis que chacun vit dans sa réalité personnelle, nous n’en tenons pas compte au quotidien. Pour nous comme pour les profanes, il existe « la » réalité, que beaucoup comprennent mal, que certains déforment tellement qu’il faut les placer à l’asile. Tandis que nous-mêmes sommes ancrés dans une réalité si proche de la vraie qu’on peut les confondre. Assimilation permise par le fait que nous la partagions avec nos collègues les mieux informés. Nous serions réticents à avouer que cette réalité est en fait une coalescence de mondes personnels assez ressemblants, tournant à proximité de la réalité en soi. Certes les idées scientifiques sont sur l’orbite la plus voisine de ce soleil inaccessible. Mais un esprit ne contient jamais des concepts d’une seule catégorie. Un scientifique peut s’éloigner sur une trajectoire plus fantaisiste, chevauchant émotion ou croyance, comètes aveuglantes.

Tous persuadés de percevoir la réalité en soi ! Les conflits entre groupes d’opinions s’en ressentent. Chacun estime sa coalition assez vaste et solide pour dire qu’il s’agit de « la » réalité. Devant une divergence, l’incompréhension est totale. Chaque groupe estime que l’autre vit dans une illusion. Argument d’autorité. Mis en face d’une contradiction, le groupe n’en démord pas. « La réalité en soi peut sembler étrange. Nous ne connaissons pas tout d’elle. Cette contradiction n’est pas un défaut. Il y a sûrement une explication. Vous feriez mieux de penser comme nous et nous aider à résoudre le problème ».

Le groupisme est dissimulateur. Dans le détail, les réalités individuelles sont moins proches qu’annoncé. Subodorons que les groupes radicaux sont ceux ayant peur de découvrir des choses déplaisantes chez leurs membres. La focalisation sur les idéaux doit être totale, laissant les défauts dans l’ombre. Pas de dissension. La version utilisée de « la » réalité est celle que le groupe souhaite voir advenir. Les autres doivent être activement éliminées. Le groupe semble ainsi se rapprocher d’une réalité monolithique. Or justement la vraie est unique. C’est la réussite !

Malheureusement cette approche est fondamentalement erronée. Aucune réalité en soi n’a été atteinte. Nos représentations ne font que la cerner. Un nuage d’approximations la moule mieux que les statues que nous édifions dans nos têtes. Images trop précises qui nous aveuglent au mystère nous séparant indéfiniment d’elle.

Pour étoffer ce nuage, notre réalité doit être perméable à celle des autres. Examiner leurs erreurs, voir si nos vérités n’en font pas partie. Diffuser notre esprit dans le nuage. Le resserrer autour de « la » réalité grâce à la variété de nos approches. Conclusion sur un paradoxe : savoir que l’on approche de la réalité unique, c’est l’avoir rendue multiple.

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